Energie : production, consommation,
où en est-on ?
Aucun pays n’est aujourd’hui autonome sur
le plan énergétique, qu’il s’agisse de la maîtrise des sources
d’énergie ou des techniques de production et de transformation.
Le marché de l’énergie reflète l’équilibre stratégique et économique
international.
Un état peut privilégier certaines sources
d’énergie. Ainsi, pour répondre au premier choc pétrolier (1973-1974)
la France s’est engagée dans la production d’électricité d’origine
nucléaire. Celle-ci représente aujourd’hui 78 % de la consommation
nationale d’électricité.
Mais quelles que soient les volontés politiques,
les évolutions sont difficiles. Ainsi, le pétrole fournit actuellement
98 % de l’énergie consommée pour les transports. Utiliser
une autre source d’énergie pour les voitures n’aurait de résultats
significatifs qu’après le renouvellement de la plus grande partie
du parc (seize années sont nécessaires au renouvellement de 90 %
du parc).
Il est possible de tirer avantage localement
de certaines sources d’énergie qui restent marginales au niveau
national. La chaleur libérée par l’incinération des déchets ménagers
peut par exemple être récupérée au profit du chauffage urbain
ou des industries locales.
L’optimisation de la consommation est un
enjeu essentiel de la politique énergétique nationale et mondiale,
sur laquelle des interventions sont possibles à l’échelon local.
Elle fait l’objet d’un autre dossier intitulé « Les économies
d’énergie : choix ou nécessité ? »
L’énergie
Q : Que recouvre le mot énergie ?
R : L’énergie est difficile à définir
simplement autrement qu’à travers ses effets et ses variations :
chauffer l’eau, faire avancer un vélo ou une voiture, etc. Son
étude est à la base de la physique. Les physiciens ont construit
au fil des siècles des systèmes de mesures adaptés aux différentes
formes d’énergie (chaleur, mouvement, électromagnétisme, etc.).
Celles-ci peuvent se transformer les unes dans les autres :
par exemple, l’énergie chimique de nos cellules est transformée
dans nos muscles en énergie mécanique qui produit un mouvement.
L’homme utilise l’énergie sous forme de chaleur,
de lumière ou de mouvement. La maîtrise de l’énergie est donc
le moteur de l’activité humaine. L’homme doit la stocker, la transporter,
ce que certaines formes d’énergie permettent mieux que d’autres.
Pour ces raisons, il peut être conduit à transformer l’énergie.
La découverte de l’électricité a ainsi constitué une révolution :
toutes les formes connues d’énergie peuvent être transformées
en énergie électrique. L’électricité peut ensuite être elle-même
facilement transportée puis transformée en mouvement (moteur par
exemple) ou en chaleur (radiateur par exemple) pour l’utilisateur
final.
La quantité totale d’énergie ne varie pas quand
l’énergie change de forme, mais une partie de l’énergie se transforme
en chaleur et est le plus souvent perdue pour l’utilisateur. Le
rendement d’une transformation est le pourcentage de l’énergie
restant disponible pour l’utilisateur. Ce rendement est de 38 %
pour une centrale électrique thermique, de 20 % pour un moteur
de voiture et de 10 % pour une centrale électrique géothermique.
Le rendement d’une opération de transformation dépend de la source
d’énergie et des progrès techniques permettant l’amélioration
des procédés industriels de cette transformation. Elle est limitée
par des caractéristiques physiques non modifiables en l’état actuel
des connaissances.
L’unité utilisée par les physiciens pour mesurer
l’énergie est le joule (J). Les économistes utilisent plutôt la
tonne d’équivalent pétrole (tep), les médecins nutritionnistes
la calorie (cal).
Q : Quel est le lien entre puissance
et énergie ?
R : Puissance n’est pas synonyme
d’énergie. La puissance fait intervenir un facteur supplémentaire
qui est la durée pendant laquelle une quantité donnée d’énergie
est consommée. L’unité de puissance est le watt (W) et correspond
à une consommation d’énergie de 1 joule en une seconde. On emploie
couramment les multiples suivants : 1 kW = 1000
W, 1 MW = 1 million de W.
A partir d’une même quantité d’énergie peuvent
être produites des puissances de niveaux très différents :
- L’énergie nécessaire pour gravir une pente
donnée est toujours la même, en revanche, la puissance à fournir
augmente avec la vitesse. Plus on monte vite, plus on développe
une grande puissance.
- Quarante litres d’essence contiennent une
quantité d’énergie de 500 kWh (kilo watt heure). Si ces 40 litres
sont consommés en 5 heures par une voiture, la puissance développée
par la voiture est de 100 kW (kilo watt). S’ils sont brûlés en
10 secondes, la puissance dégagée est alors de 180 000 kW.
Q : Que sont les énergies fossiles ?
R : Le charbon (houille, lignite,
tourbe), le pétrole et le gaz naturel sont les énergies fossiles.
Ils proviennent de la transformation de la biomasse (arbres, plantes,
animaux, micro-organismes) enfouie depuis plusieurs milliers ou
millions d’années. Lors de la combustion des énergies fossiles,
l’énergie solaire qui a permis la croissance de la biomasse (à
partir de l’eau, du gaz carbonique - CO2 - et de l’azote
de l’air) est restituée sous forme de chaleur tandis que du CO2
(gaz à effet de serre) est libéré dans l’atmosphère.
Ces énergies fossiles ne sont pas renouvelables.
Au rythme actuel de leur consommation, le temps nécessaire à leur
reconstitution dépasse largement le temps nécessaire aux hommes
pour utiliser totalement les stocks existants.
Q : Qu’est-ce que l’énergie géothermique ?
R : L’énergie géothermique est
la chaleur fournie par la Terre. Elle provient principalement
de la désintégration des éléments radioactifs naturellement présents
dans les roches du sous-sol. A la surface de la Terre, cette énergie
est en moyenne 10 000 fois plus faible que l’énergie fournie par
le soleil. L’énergie géothermique n’est donc utilisable que dans
des zones particulières où elle s’est accumulée.
L’énergie géothermique est récupérée sous forme
d’eau chaude (sources thermales, puits artésiens, geysers). Son
utilisation la plus répandue est le chauffage (habitations, serres,
etc.) efficace avec de l’eau à température modérée (à partir de
15 ou 20° C). Le chauffage par géothermie est utilisé par
exemple en région parisienne et en région bordelaise.
La production d’électricité par géothermie
demande une eau beaucoup plus chaude (plus de 150° C). Elle
ne se rencontre qu’au voisinage des zones volcaniques actives
(en Guadeloupe ou en Islande par exemple).
L’énergie géothermique n’est pas une énergie
renouvelable. Lorsqu’ils sont exploités, les gisements d’eau chaude
se tarissent ou se refroidissent.
Q : Que sont les énergies renouvelables ?
R : Une énergie est dite renouvelable
quand, sur une centaine d’années, on n’en consomme pas plus que
la nature n’en produit. Le caractère renouvelable ou non d’une
source d’énergie dépend de la rapidité avec laquelle elle est
utilisée.
La plupart des énergies renouvelables proviennent
directement ou indirectement du soleil :
- Energie solaire. Elle est utilisée directement
par les chauffe-eau solaires (panneaux solaires) et les piles
solaires.
- Energie hydraulique. Cette énergie provient
essentiellement du passage de l’eau à travers les barrages. Elle
est issue du cycle de l’eau : le soleil provoque l’évaporation
de l’eau qui se condense pour former les nuages. La pluie libérée
par ceux-ci contribue à la création des cours d’eau qui à leur
tour alimentent les barrages. La puissance des centrales hydroélectriques
dépend de la vitesse de l’eau et de son débit. L’énergie des marées
est une forme d’énergie hydraulique mise à profit dans les usines
marémotrices.
- Energie éolienne. Elle utilise la force du
vent. Celui-ci est dû à des différences de pressions atmosphériques
locales qui résultent de différences d’échauffement de l’air par
le soleil.
- Energie de la biomasse (arbres, plantes,
animaux, micro-organismes). Elle provient de sa combustion. L’énergie
solaire permet la croissance de la biomasse à partir de l’eau,
du gaz carbonique (CO2) et de l’azote de l’air. Lors
de la combustion de la biomasse (biocarburants compris) ou des
déchets organiques qui en sont issus, l’énergie solaire est restituée
sous forme de chaleur et le CO2 libéré dans l’atmosphère.
Q : Qu’est-ce que l’énergie nucléaire ?
R : L’énergie nucléaire est l’énergie
liant les constituants du noyau d’un atome. L’éclatement (fission
nucléaire) de certains atomes lourds comme l’uranium ou le plutonium
en atomes plus petits libère de la chaleur. Dans les centrales
nucléaires, cette chaleur est utilisée pour produire de l’électricité.
C’est la source d’énergie la plus concentrée utilisable actuellement.
L’énergie nucléaire n’est pas issue de la matière organique. Elle
ne produit pas de gaz à effet de serre (gaz carbonique, etc.).
En revanche, elle génère des déchets radioactifs.
En France, l’énergie nucléaire produit 400
milliards de kWh d’électricité par an (78 % de l’électricité
produite).
L’énergie nucléaire peut aussi être produite
par fusion d’atomes légers. L’énergie solaire provient d’une telle
réaction de fusion au coeur du soleil. Des recherches sont en
cours pour produire de l’électricité à partir de ce processus.
Q : Quelle est la durée de vie
d’une centrale nucléaire ?
R : Initialement, les centrales
devaient fonctionner pendant 30 ans. Un examen régulier des centrales
existantes montre qu’elles peuvent fonctionner sans risque pendant
60 ans. Malgré tout, 104 réacteurs ont été arrêtés dans le monde
entre 1950 et 2003, dont onze en France (pour mémoire, EDF exploite
actuellement 58 réacteurs d’une puissance unitaire d’environ 1000
MW sur 19 sites). Il s’agit de réacteurs qui avaient atteint la
fin de leur durée de vie prévue ou dont le coût de production
d’électricité était notablement plus élevé que celui des réacteurs
modernes.
Les grands opérateurs nucléaires, dont EDF,
ont engagé des programmes de démantèlement à une échelle industrielle.
Ce sont des opérations très complexes. En effet, si 75 %
des déchets sont des gravats ordinaires, les matériaux situés
près du réacteur sont devenus radioactifs au cours du fonctionnement
de la centrale (de l’ordre de 20 000 tonnes de matériaux radioactifs,
dont 500 tonnes de matériaux très radioactifs).
Le coût de démantèlement est estimé à 15 %
du coût de construction d’une centrale neuve. En France, les pouvoirs
publics ont prévu qu’EDF provisionne les montants nécessaires
et répercute ce coût sur le prix de l’électricité. La longue durée
nécessaire aux travaux (environ 25 ans) rend cependant difficile
l’évaluation précise des coûts et donc l’adéquation des financements
prévus.
Q : Comment utiliser l’énergie
éolienne ?
R : L’énergie éolienne est l’énergie
du vent. Elle est utilisée aujourd’hui pour produire de l’électricité.
Une éolienne fonctionne avec un vent soufflant entre 20 km/h (force
4 sur l’échelle de Beaufort) et 90 km/h (force 9).
La puissance fournie varie considérablement
en fonction de la vitesse du vent : actuellement, la plupart
des éoliennes industrielles peuvent produire 750 kW avec un vent
de 54 km/h mais leur puissance n’est que de 28 kW quand le vent
souffle à 18 km/h. En raison des variations de la vitesse des
vents, la puissance moyenne annuelle d’une éolienne atteint au
mieux le quart de sa puissance potentielle.
L’expérience allemande a montré qu’à l’échelle
d’un pays, la production totale d’électricité éolienne pouvait
varier de 30 % en une heure, entraînant des sautes de puissance
de un à deux mille MW (soit la puissance de un ou deux réacteurs
nucléaires). En raison de ces sautes de puissance, l’électricité
éolienne ne peut venir qu’en complément d’autres sources d’électricité.
Il faut pour cela un réseau de distribution robuste et, dans la
mesure du possible, la possibilité de stocker l’énergie.
Le Danemark (fournisseur d’électricité éolienne)
et la Norvège (où 69 % de l’électricité est hydroélectrique)
ont prévu une combinaison exemplaire. En période de vents forts,
l’électricité éolienne en excès serait acheminée vers les barrages
de Norvège et utilisée pour pomper l’eau et la remonter en amont
des barrages. En période de vents faibles, l’ouverture des vannes
des barrages restituerait rapidement l’énergie stockée et de l’électricité
serait acheminée vers le Danemark.
Q : Comment utiliser les biocarburants ?
R : Les biocarburants sont des
produits de l’agriculture pouvant se substituer à l’essence, au
gazole ou au fioul domestique. Ils sont utilisés purs ou mélangés
aux produits pétroliers. Il existe trois grands types de biocarburants :
l’alcool, l’ETBE (éthyl-tertiobutyl éther) et les EMHV (esters
méthyliques d’huiles végétales).
L’alcool est fabriqué à partir du sucre (betterave
en France, canne à sucre au Brésil) ou de l’amidon (maïs aux Etats-Unis,
blé en France). Il peut remplacer l’essence.
L’ETBE est un produit dérivé de l’alcool. Il
offre l’avantage de se mélanger plus facilement à l’essence que
l’alcool.
Les EMHV (esters méthyliques d’huiles végétales)
appelés aussi biodiesel sont principalement tirés d’huiles de
colza. Ils remplacent le gazole et le fioul.
L’incorporation au carburant traditionnel de
faibles quantités de biocarburant (15 % pour l’alcool ou
l’ETBE, 5 % pour les EMVH) ne modifie pas le fonctionnement
des moteurs. Tous les biocarburants peuvent aussi être utilisés
purs dans des véhicules ordinaires, mais ceci nécessite un réglage
spécifique du moteur.
Bien que le prix de revient de l’alcool ait
baissé de 50 % en vingt ans, il est encore quatre fois plus
élevé que celui de l’essence.