Dossier réalisé par

Sciences et Décisions
CNRS
 

Sommaire :
Les déchets dans le cycle de la vie
Production, gestion et valorisation des déchets
Les besoins des sols agricoles

La valorisation biologique des déchets

 
La valorisation énergétique des déchets
Les conséquences pour la santé et l'environnement
La toxicité des métaux lourds et d'autres produits chimiques
Contexte social et économique


Contexte social et économique

Q : Quelle est la procédure administrative encadrant la production et l’élimination de déchets organiques ?

R : La production des déchets organiques (par exemple une porcherie) et leur élimination (y compris dans les décharges) relèvent de la loi du 19 juillet 1976 relative aux installations classées pour la protection de l’environnement. La procédure à suivre comporte plusieurs étapes :

- Dépôt à la préfecture d’un dossier de demande d’autorisation d’ouverture (ou d’agrandissement) de l’installation.

- Consultation (enquête publique, votes des conseils municipaux, etc.).

- Etablissement de rapports par l’inspection des installations classées et du Conseil départemental d’Hygiène.

- En cas d’avis positif, l’arrêté d’autorisation est signé par le préfet.

Les installations produisant ou traitant de faibles quantités de déchets bénéficient d’une procédure allégée (procédure déclarative simple).

Q : Qui est consulté au cours de la procédure d’autorisation ?

R : Le dépôt, à la préfecture, d’une demande d’autorisation d’installation d’un centre de traitement des déchets déclenche une procédure de large consultation. L’opinion du public est recueillie au cours d’une enquête. D’une durée minimale d’un mois, elle fait l’objet d’une publicité dans les mairies concernées, à proximité de la future installation et dans les journaux locaux. Le commissaire enquêteur rédige un avis motivé qui résume la consultation.

Les conseils municipaux et divers services administratifs (directions départementales de l’équipement, de l’agriculture, de la santé, directions régionales de l’environnement, etc.) sont consultés ensuite.

La procédure est simplifiée pour la production ou le traitement des petites quantités de déchets. Notamment, il n’y a pas d’enquête publique. La population est avisée du projet par un affichage en mairie.

Q : Quels sont les éléments du débat social ?

R : Vivre au voisinage d’une installation traitant des déchets est souvent considéré comme une atteinte grave à la qualité de la vie, associée à une inquiétude pour la santé.

Chaque mode de traitement des déchets comporte des avantages et des inconvénients. Au cours des années, les préférences des décideurs politiques ont varié. A chaque fois, une option technique était mise en avant aux dépens de toutes les autres alors que la solution aux problèmes posés par la gestion des déchets est dans la diversité des méthodes de valorisation. La réponse la mieux adaptée dépend de la situation locale. Les principaux critères de choix sont le type d’habitat (urbain, semi-urbain, rural), la quantité de déchets organiques traités et la régularité de leur production (régulière ou saisonnière).

Dans le cas des déchets produits par l’agriculture intensive, certains craignent qu’une amélioration de l’efficacité du traitement des déchets renforce, in fine, ce type d’agriculture.

Q : L’insuffisance des contrôles et des sanctions renforce-t-elle les inquiétudes ?

R : Une insuffisance des contrôles et des sanctions en cas d’infraction est constatée dans tous les domaines (contrôle de l’épandage pratiquement inexistant, utilisation des boues d’épuration d’abattoirs pour l’alimentation animale, non conformité de l’ensemble du parc des incinérateurs aux directives de 1989, mise en décharge de déchets organiques pouvant encore être valorisés).

Les détracteurs des divers modes de traitement s’appuient sur ces faits pour critiquer toutes les méthodes. Pourtant, si chacune présente des risques, ceux-ci sont maîtrisables grâce à la mise en œuvre de bonnes pratiques.

La mauvaise application des règlements entraîne aussi une perte de confiance dans les services de l’Etat. Ceux-ci n’étant pas en mesure de veiller à l’application des règlements, les particuliers et les associations multiplient les actions en justice devant les tribunaux nationaux ou européens.

Q : Quel est l’impact du traitement des boues d’épuration sur le prix de l’eau ?

R : En France, en moyenne, le prix de l’eau se répartit de la façon suivante :

- Captage et distribution de l’eau potable : 40 %.

- Assainissement des eaux usées (dont gestion des boues) : 40 %.

- Taxes (protection de l’environnement, TVA, etc.) : 20 %.

La part de la gestion des boues d’épuration dans le prix de l’eau varie de 2 à 4 % suivant le mode de valorisation retenu.

Q : Quel est l’état du parc de stations d’épuration en France ?

R : Il existe environ 12 000 stations d’épuration en France. 80 % de ces stations ont été construites avant 1990 et plus de la moitié avant 1980. Dans la grande majorité des cas, l’eau n’est pas suffisamment épurée au regard des normes européennes. Ceci résulte de l’absence de traitements spécifiques contre les excès de nitrate et de phosphate ou encore contre la pollution bactérienne. Ces traitements nécessitent des bassins supplémentaires, ce qui n’est pas toujours envisageable dans les stations anciennes.

La modernisation du parc des stations d’épuration sera longue et coûteuse.

Q : Quels sont les traitements applicables à l’ensemble des déchets organiques ?

R : L’incinération et la mise en décharge permettent de traiter l’ensemble des déchets organiques. Dans les installations conformes à la réglementation et dans des conditions d’exploitation optimales, les deux techniques ont des coûts voisins.

Avant leur mise en décharge les déchets organiques doivent être traités pour en extraire tout ce qui peut être raisonnablement valorisé. Les décharges sont des installations spécialisées qui permettent d’éviter la pollution des eaux environnantes et de brûler le biogaz issu de la décomposition des déchets. Elles doivent être entretenues pendant une trentaine d’années après leur fermeture car la production de biogaz continue tout ce temps.

L’incinération est le seul mode de valorisation qui n’impose pas un tri préalable des déchets, bien que son efficacité soit augmentée par le tri sélectif du verre et des métaux. Pour être économiquement viable, une installation d’incinération doit traiter plus de 100 000 tonnes de déchets par an. L’énergie produite est récupérée sous forme de vapeur (chauffage urbain, industriel, etc.) et d’électricité. Contrairement à la mise en décharge, l’incinération ne fonctionne correctement que si l’apport de déchets est régulier. Ceci peut conduire à la création de zones de stockage temporaire qui augmentent les coûts et les problèmes environnementaux.

Q : Peut-on améliorer le système des décharges ?

R : La directive européenne du 26 avril 1999 impose une diminution d’au moins 65 % de la quantité de déchets organiques mis en décharge d’ici 2015. La loi française du 13 juillet 1992 est plus ambitieuse puisqu’elle prévoit que depuis le 1er juillet 2002, les décharges ne doivent plus accepter que des déchets qui ne peuvent plus être raisonnablement valorisés ou dont on ne peut réduire le caractère polluant ou dangereux (les déchets ultimes).

Mais en réalité, plus de la moitié des déchets ménagers vont encore directement à la décharge, tout comme il y a dix ans. La loi ne peut pas être appliquée car rien n’a été mis en place pour remplacer les installations hors normes (6000 décharges communales et dépôts sauvages).

L’amélioration du système des décharges passe par une diminution du volume des déchets. Elle devrait être obtenue notamment par un traitement préalable extrayant tout ce qui peut être raisonnablement valorisé.

Une autre amélioration vient de la fermeture des petites décharges. Leur nombre a diminué de moitié en dix ans grâce à l’augmentation de la capacité des plus grosses. Conjointement, les grosses décharges tendent à être mises aux normes. L’effort est inégal selon les régions, le nombre de décharges allant de moins d’une trentaine (Alsace, Haute-Normandie, Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Poitou-Charentes) à plus de 150 (Bretagne, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes).

Ceci étant, une grande partie de la population est opposée aux décharges (odeurs, prolifération des oiseaux, envols d’emballages, etc.). Il est difficile d’envisager l’ouverture d’installations modernes moins polluantes car les riverains mettent en avant d’autres types de problèmes, comme le trafic excessif de camions remplis de déchets.

Q : Quels sont les procédés permettant une valorisation agricole ?

R : L’épandage de la matière organique brute (fumier, lisier, boues d’épuration, etc.), d’une part, et du compost produit à partir des résidus de la production de biogaz, d’autre part, permettent une valorisation agricole.

La production de compost et d’un biogaz exploitable n’est possible qu’avec les déchets des espaces verts, les boues d’épuration, certains déchets agricoles et certains déchets des industries agroalimentaires. Elle nécessite au préalable un tri soigné des déchets. Pour être économiquement viable, une installation doit traiter au moins 20 000 tonnes de déchets par an et disposer d’un débouché local pour le compost et la chaleur tirée du biogaz.

L’épandage n’est utilisable que pour certains déchets agricoles (surtout le lisier) et les boues d’épuration. Il n’entre pas dans une logique industrielle. Le recours à l’épandage est limité par la capacité d’épuration des sols et par les cahiers des charges des groupes agroalimentaires et de la grande distribution (certains interdisent l’épandage des boues d’épuration).

Production de compost et épandage nécessitent un stockage temporaire des déchets afin de s’adapter aux variations saisonnières.

Q : Pourquoi l’épandage des boues d’épuration est-il mal accepté ?

R : Bien que la composition des boues d’épuration soit voisine de celle du lisier, leur épandage est moins bien accepté. Dans un contexte d’inquiétude générale liée à une succession de crises dans le domaine agro-alimentaire, la principale difficulté tient à l’ambiguïté du statut des boues d’épuration. D’une part, les pouvoirs publics français encouragent l’épandage des boues, notamment dans le but de limiter l’utilisation des engrais chimiques. D’autre part, les consommateurs acceptent difficilement que les produits qui leur sont proposés soient fabriqués à partir de plantes cultivées dans des champs couverts de déchets (les boues d’épuration).

Une solution est de traiter les boues d’épuration de façon industrielle, afin d’en faire des produits répondant à des normes précises qui leur permettront, peut-être, de concurrencer les engrais. Cette approche reste marginale en France. Elle est par contre au cœur des projets de réglementation européenne.